Etudiant étranger à Paris

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| DMT Årgang 77 (2002-2003) nr. 07 - side 34-35

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Le compositeur danois Simon Christensen a fait des études au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMP) en 2001. Voici le récit de ses expériences lors de ce séjour d'études.

par Simon Christensen

Traduction par Nicole Guillois

Lorsque j'ai dû faire des études de composition à l'étranger, j'avais le choix entre Londres et Paris, deux métropoles que j'ai toujours rêvé de mieux connaître. Je n'avais alors aucune préférence particulière entre ces deux villes, et nous étions deux à décider. Le choix s'est fixé sur Paris.

La France a un long passé historique dans le domaine de la musique et avec la création de l'IRCAM elle a pris beaucoup d' importance pour les compositeurs contemporains. Le choix de Paris était un bon choix et nos attentes étaient grandes.

Au début j'ai eu un professeur qui enseignait la composition et qui avait à peine le temps et la place pour accueillir de nouveaux étudiants, mais après des discussions avec le conseil d'études, on m'a attribué un autre professeur, Frédéric Durieux.

Durieux est un professeur et compositeur très sérieux. Il exigeait discipline et assiduité et essayait toujours d'aider les étudiants à faire exécuter leur musique. Sa ponctualité et son sérieux n'était pas toujours bien perçus et certains étudiants ont failli être mis à la porte. Contrairement à ce qui se passe au Danemark, je ne l'ai jamais vu annuler un cours. Pas très danois et peut-être non plus pas spécialement français. En outre il parlait relativement bien l'anglais, l'allemand et l'italien, c'était un génie des langues.

La discipline me convenait parfaitement et j'ai pu composer beaucoup de choses pendant mes études avec lui. Evidemment personne ne peut dire que la quantité donne nécessairement la qualité, mais je pense quand même que ce que j'ai composé à Paris était de bonne qualité.

Grace - two movements for clarinet and piano, a été achevé à Paris après de (trop) longues heures de travail. Malheureusement je n'ai pas pu faire exécuter ma musique à Paris, mais ce sera pour une autre fois.

Les cours étaient vraiment intéressants et Durieux traitait avec beaucoup de soin les classiques contemporains Mantra de Stockhausen, le Concerto pour piano de Ligeti et d'autres œuvres de même importance. L'enseignement était vraiment très bien préparé et organisé. Il était essentiellement basé sur le modernisme et ses conditions plutôt que sur ses polarités ou même carrément ses deux pôles. On pourrait avoir des objections sur le fait que l'enseignement était essentiellement concentré sur cet aspect de l'histoire de la musique , en revanche il était inévitable qu'un professeur comme Durieux - ayant fait sa thèse sur Eclat de Boulez, formé dans l'un des fiefs européens du modernisme - se soit, pas nécessairement mais logiquement, spécialisé dans cette période importante de l'histoire de la musique.

Il connaissait parfaitement son métier et je pense personnellement qu'il est très important d'en connaître les moindres recoins, même jusqu'à la nausée. Ce n'est pas non plus nécessaire de vouloir à tout prix manger danois en France, cela ne servirait à rien.

Mes camarades d'études français exprimaient le désir de connaître la vie de la musique en dehors des frontières du modernisme et auraient peut-être bien voulu aller étudier à l'étranger, mais je me demande encore aujourd'hui s'ils le désiraient réllement car ils n'étaient pas très liants. Quand on leur suggérait de mettre leur désir à exécution, ils restaient sur leur réserve ou plutôt ils avaient l'air de douter de leurs propres désirs et de leurs buts. Peut-être était-ce un quiproquo.

Je recommanderai toujours des séjours à Paris ou ailleurs. Les relations avec les autres étudiants étrangers étaient entretenues grâce aux cours de français hebdomadaires, et j'y ai rencontré beaucoup de Japonais et de Finlandais, des gens très gentils et sympas. Certains d'entre nous avons encore des contacts, c'est vraiment bien. Nous avions tous la sensation d'être bien accueillis au Conservatoire et d'ailleurs plusieurs d'entre eux y sont retournés par la suite.

En dehors des cours communs, nous avons participé à des séminaires animés par différents compositeurs et à cette occasion, Philipe Hurel entre autres a commenté ses propres compositions. Ces séminaires nous ont fait connaître des œuvres de compositeurs français inconnus aux Danois et ce fut une expérience enrichissante. Cela m'a permis de mieux comprendre les caractéristiques de la musique française, à savoir son harmonie extrèmement raffinée et la manière de traiter le son. En gros on peut dire que la musique française a une orientation verticale, alors que la pratique de la musique danoise est linéaire et stratifiée. Bien sûr cela est une catégorisation grossière, mais c'était et c'est toujours mon impression. Vue de cette façon la musique française me semble aussi plus simple, malgré son intérêt permanent pour la complexité. C'est que la pratique de l'harmonie comme élément porteur et conducteur, ainsi que le manque relatif d'intérêt pour les couches simultanées et constrastantes, rendent aussi plus précise la communication avec l'auditoire.

L'aspect harmonique de la musique a personnellement toujours été mon point faible et j'ai beaucoup appris en parcourant Eclat et Modulation, surtout l'utilisation élargie par Grisey des spectres d'harmoniques dans Modulation, que j'ai trouvé très instructif, notamment la gestuelle spéciale de l'œuvre qui m'a fait grande impression. Une des différences les plus marquantes entre le milieu musical à Copenhague et à Paris est qu'après avoir parcouru les œuvres pendant les cours, le lendemain déjà on peut les écouter jouées par des musiciens. On peut aussi entendre beaucoup de musique au Danemark, mais le choix reste quand même modeste et on n'entend pas très souvent les classiques contemporains.

J'ai largement profité de ces concerts à Paris et ai écouté des œuvres d'une interprétation de très haut niveau. Les œuvres donnaient l'impression d'être très bien préparées avec justement un souci de clarté et de précision. On peut dire beaucoup de choses sur l'idéal français du son, mais en ce qui concerne le rythme et le jeu, le niveau était très élevé. Parlons aussi d'ensembles tel que l'Ensemble Intercontemporain et Court Circuit qui sont absolument deux des meilleurs ensembles de musique de chambre, pour la musique de composition. Les plus grands événements ont été pour moi l'exécution de Music for eighteen Musicians de Steve Reich et celle de Modulation de Gérard Grisey. Nous avons aussi eu le grand privilège, au Conservatoire, d'obtenir des billets gratuits pour l'avant-première de l'opéra L'amour de loin de Saariaho. Aucune raison de se plaindre.

D'avoir étudié dans un autre pays a changé ma vision du monde de la musique en général. On pourrait dire que cela m'a donné des perspectives musicales.

Initialement il n'était pas tellement important que le séjour se solde par un succès ou par un échec, mais j'ai eu de la chance, ce fut un succès. Par ailleurs mon plus grand désir était de rencontrer des personnes intéressantes et d'échanger avec mes collègues mes expériences. Et aussi d'entendre de la musique live que je ne connaissais que par les media électroniques.

Tout s'est parfaitement passé et cette expérience a été très importante, me permettant de me développer et de m'enrichir sur le plan aussi bien humain qu'artistique. Ce que j'avais lu et imaginé s'est concrétisé et s'est intégré en moi.

Simon Christensen, né en 1971, est compositeur, il a fait ses études au Conservatoire Royal de Musique de Copenhague. Ses professeurs étaient Hans Abrahamsen, Ivar Frounberg et Niels Rosing-Schow. Ses compositions ont été interprétées au Danemark, en Finlande, en Suède et en Islande."

Årgang 77/2002-2003, nr. 07